Secrets de fabrication d’une histoire




fantôme

L’imagination est un acte magique : dés le plus jeune âge, l’enfant joue à faire apparaître les choses et les êtres auxquels il pense… Jouer avec cette magie lui permet de trouver, licornecomprendre, se développer. « On dirait que tu es une princesse et moi je serais une licorne et j’aurais un miroir magique ».

 

C’est la formule de départ de nombreux jeux d’enfants. Tous fabriquent naturellement et spontanément des histoires … Hélas, au fur et à mesure que l’enfant grandit, le poids de la norme se fait plus lourd et la peur de l’échec augmente, bloquant sa spontanéité, son envie de raconter, de dessiner et d’écrire.

Pourquoi est-ce si difficile d’apprendre à écrire alors que l’apprentissage de la langue orale ne pose aucun problème à la plupart des enfants ? En effet, dés sa naissance, le bébé vocalise et gazouille en modulant des sons avec un extrême plaisir ; son babillage est interprété et reformulé par l’adulte ; l’enfant s’approprie ensuite les mots et la syntaxe qu’il utilise de façon inventive et fantaisiste ; puis, sans presque s’en rendre compte, il applique les codes.

C’est à peu près la formule de mes ateliers : faire sentir aux enfants qu’ils peuvent naturellement être des producteurs d’écrits en leur proposant des activités ludiques qui leur permettent de créer des bribes de textes grâce à ce qu’ils ont vécu, à ce qu’ils ont en mémoire, à leurs émotions.

insecteSuivant la composition du groupe (nombre d’enfants, de filles, de garçons, âges) et en fonction de leurs point d’intérêts, je les oriente vers un univers particulier : en lisant une histoire, un poème ou en lançant une ou deux phrases, comme « sur une planète orange, vivent des créatures étranges qui ressemblent à des insectes mais aussi gros que des êtres humains… ». Voilà comment est né Gloubi Roine, petit personnage « aux ailes de papillon, aux yeux de mouche et au nez rond ».
girafeOu alors, je propose un jeu, comme « créer un animal à partir de plusieurs dont le nom commence par une des lettres de son prénom ». Ainsi Gerlys a choisi de mélanger cinq animaux pour créer son Ileiée : « c’est une immense girafe, à quatre pattes d’éléphants, une queue rousse et touffue de renard, des bois de cerfs, une crinière marron de roi lion… ».

Après avoir inventé son personnage, lui avoir donné un nom, l’enfant le dessine, explique son mode de vie, ce qu’il aime faire, avec qui, ce qu’il mange, etc. A moi de l’accompagner pour reformuler ses dessins et ses idées avec des mots, l’aider à les écrire.

La consigne est alors de trouver un endroit et une situation où les personnages vont se rencontrer pour vivre une aventure commune. Souvent, un enfant lance une idée qui est reprise et complétée par le groupe. Ainsi, Eliot avait fait l’unanimité en dessinant sa maison dans les nuages. Tous ont alors décidé de dessiner leur maison dans les nuages et leurs personnages sont devenus « des messagers venus les rencontrer pour leur confier un important message du peuple des nuages ». Mon rôle est de trier, orienter, mettre en forme…

messagers

Les codes orthographiques, syntaxiques et grammaticaux restent en arrière-plan ; l’accent est mis sur le plaisir : plaisir d’exprimer ses sensations et ses émotions par les dessins, les couleurs, les sons, puis les mots… Les enfants apprécient particulièrement le langage poétique car, spontanément, ils sont séduits par les assonances et les rythmes ; libérés de la peur de l’échec, du jugement, du ridicule. L’écrit procure alors un sentiment de pouvoir créateur et du plaisir à communiquer.

Communiquer, c’est vouloir être entendu : avant de commencer à « fabriquer » une histoire, l’enfant a besoin de savoir quel sera le destinataire. Le groupe s’enthousiasme à produire des textes qui seront diffusés et lus par des tiers. Avoir « son livre » imprimé à la fin de l’atelier est un puissant facteur de motivation, ainsi que la perspective d’une restitution orale devant un public.

Odile Masse

 

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